1. Humanisme, post-humanisme et transhumanisme
Sommaire
Être humain
DÉFINITION
Au sens biologique du terme, l’être humain se définit comme homo sapiens (dénomination utilisée pour la première fois par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758). Dans la lignée des hominidés (“homo”, famille des grands singes), l’être humain se distingue par ses capacités cérébrales supérieures (sapiens en latin = intelligent, sage, raisonnable, prudent). Celles-ci ont permis l’apparition de caractéristiques que d’autres animaux possèdent mais à un degré moindre : la capacité à la pensée abstraite, des relations sociales complexes, l’utilisation d’un langage articulé, la fabrication d’outils, la domestication de nombreuses espèces végétales et animales.
Philosophiquement, la question de l’humain est celle de son essence (ou nature humaine) : existe-t-il des caractéristiques proprement humaines qui nous distinguent radicalement des autres animaux (différence de nature), ou ne sommes-nous qu’un animal parmi d’autres qui partage les mêmes caractéristiques à des degrés divers (différence de degrés) ?
Humanisme
DÉFINITION
Mouvement intellectuel de la Renaissance qui place l’être humain et les valeurs humaines au centre de ses préoccupations. L’humanisme fait de l’homme la valeur morale suprême et revendique pour chacun la possibilité d’épanouir ses facultés proprement humaines (raison, liberté). La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789) inscrit dans le Droit les grands principes de l’humanisme.
CITATION
« On ne naît pas homme, on le devient »
→ Erasme, “De pueris instituendis”, 1519Explication : pour Erasme et l’humanisme de la Renaissance, l’homme est plus un être de culture qu’un être de nature. La “nature humaine” réside dans la culture : l’humain n’est pas comme un cheval ou un arbre, il n’est rien au départ, il doit tout apprendre. Il doit se former en tant qu’être humain. Et cette formation consiste dans l’enseignement des livres, dans l’acquisition d’une culture (au sens de savoirs) : c’est le sens du mot « humanité » au pluriel : les humanités, c’est ce qui fait de nous un être humain, ce qui nous permet de réaliser une “nature humaine” reposant sur la culture.
CITATION
« On ne naît pas femme, on le devient »
→ Simone de Beauvoir, “Le deuxième sexe”, 1949Explication : ici, Simone de Beauvoir, philosophe existentialiste et compagne de J.-P. Sartre, prolonge et dépasse l’humanisme classique. Il n’y a plus de nature humaine du tout (thèse de Sartre : en l’homme, l’existence précède l’essence). De Beauvoir remplace le mot “homme” pris au sens de “genre humain” par celui de “femme” pour montrer que ce qui définit une femme en tant que femme n’est pas sa nature biologique, ni une essence (nature humaine), mais les circonstances et les choix de la personne au cours de son existence.
La morale kantienne
Pour l’humanisme, la défense de tout être humain doit donc être au centre de nos préoccupations : l’homme est une fin en soi :
« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » (Emmanuel Kant)
Posthumanisme
DÉFINITION
Courant de pensée qui réfléchit à l’après-humanisme. Avec les progrès technologiques des NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et sciences Cognitives), l’humanité serait à un tournant radical de son histoire. La frontière entre humain et non humain (cyborgs, androïdes, clones, IA, etc.) serait vouée à disparaître dans le futur, au profit d’individus nouveaux, façonnés par les nouvelles technologies.
Transhumanisme
DÉFINITION
Terme inventé en 1957 par le biologiste britannique Julian Huxley, théoricien de l’eugénisme. Le mouvement transhumaniste prône l’usage des sciences et des techniques pour améliorer les capacités physiques et intellectuelles humaines. Le transhumanisme propose de créer un « homme augmenté », hybridé avec des biotechnologies (eugénisme, implants, etc.).
La Singularité, courant du transhumanisme fondé par Ray Kurzweil, se propose de rendre l’homme immortel grâce aux progrès de la médecine ou en numérisant le cerveau humain pour qu’il survive à notre mort.« Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. »
→ Kevin Warwick, cybernéticien (interview au journal Libération, 2002)
Jean-Yves Goffi, « Transhumanisme », article de L’Encyclopédie philosophique en ligne. |
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Le transhumanisme a pour ambition première de faire accéder l’humanité à une condition posthumaine où certaines capacités, voire toutes, seraient augmentées de façon radicale : intelligence, longévité, résistance aux maladies, etc. […] Il s’agit d’un projet essentiellement pratique où les résultats escomptés sont censés résulter de la mise en œuvre de technologies de plus en plus performantes. […] Le transhumanisme est la vision du monde selon laquelle la condition présente de l’être humain est pathologique, sujette qu’elle est au vieillissement, à la maladie, à la mort et, de façon générale, à toutes sortes de limitations constitutives de ce que l’on appelle parfois, pompeusement, la finitude. L’attitude appropriée face à ces limitations consiste à les abolir, à les dépasser ou à les transcender plutôt qu’à s’en accommoder. Les êtres qui résulteront de cette abolition ou de ce dépassement ne seront plus des humains au sens habituel du terme : ils seront des posthumains. |
1. Comment se définit le transhumanisme ? 2. Sur quelle conception de l’être humain repose-t-il ? |